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Vendredi 19 janvier 2007

Voici le troisième épisode extrait de mes souvenirs, pour l'instant je n'en ai pas écris d'autres mais si vous le souhaitez je peux utiliser ma plume pour vous conter d'autres extraits de mon passé bien sombre...

Ce soir là, quand je me suis réveillé, mon instinct m'a immédiatement intimé la prudence.
Je logeais à l'époque dans une ancienne chapelle abandonnée depuis des décennies en pleine campagne.
Les habitants de la région la disaient maudite car un matin du siècle dernier, ils y avaient trouvé un nouveau né sacrifié sur l'autel au centre d'un pentacle.
Apparemment, il s'agissait d'une messe noire, et les profanateurs avaient été jusqu'à déposer le coeur de l'enfant dans les mains d'une vierge de granit, celle là même à qui la chapelle était dédiée.
Sûre, de ne pas être dérangée, j'avais pris place sous l'Autel où un pieu abbé avait été inhumé deux siècles auparavant puis déplacé suite à cette affaire.
Mes nuits s'écoulaient paisiblement et je dois l'avouer, parfois monotones, mais ce soir là, quand je me suis éveillée, je sentis la présence dans la chapelle de six humains.
Persuadée qu'ils étaient là pour moi, je n'osais tout d'abord faire un seul geste.
Avais-je été imprudente ? Avais-je laissé des traces ? Où été suivie ?
Mais s'ils étaient venus pour moi, pourquoi donc avaient-ils attendus la nuit ?
Sans ménagement, ils repoussaient les bancs, ne prenant aucune précaution pour atténuer les bruits.
Etaient-ils donc si fort qu'ils ne me craignent pas même un peu ?
Fouillant leurs pensées, je me rendais vite compte qu'ils ignoraient tout de ma présence.
En fait, il s'agissait de quatre adolescents de quinze à dix-sept ans, deux filles et deux garçons passablement éméchés, d'un vieillard et d'un nouveau né.
J'entendais maintenant parfaitement leurs voix et leurs pensées.
Ils étaient là pour sacrifier l'enfant afin de commémorer l'anniversaire du sacrifice et de vouer leur âme au diable.
Guidé par le vieillard, un rebouteux appelé plus communément sorcier de campagne, ils étaient persuadés ce soir, de parvenir à contacter celui qu'ils appelaient l'Innommable et de passer un pacte avec lui afin d'obtenir puissance et gloire pour toute leur vie terrestre.
En fait, l'homme était un pauvre diable qui se donnait de l'importance en composant des élixirs et des amulettes inoffensives qui n'agissaient qu'en placebo.
Il les avait attirés par des fausses promesses et par quelques packs de "Satan Red" et se disait Maître entouré de ses disciples, futurs sorciers qui l'encenseraient.
Des quatre adolescents s'échappaient des effluves de peurs mêlées à celle de l'euphorie provoquée par la bière qui tel un parfum enivrant me grisaient, du vieillard, l'odeur rance de la folie et du bébé, l'arôme divin de l'innocence dont la pureté attisait ma faim.
Ils nettoyèrent l'emplacement où s'était tenu l'autel détruit par la colère des paysans et où ne subsistait qu'une lourde dalle sous laquelle je reposais.
Le doux frottement des balais de paille sur la roche centenaire éveillait en moi d'agréables frissons.
Après avoir allumé et disposé de lourds cierges noirs, le rebouteux demanda aux jeunes filles d'entailler le poignet gauche des deux garçons et vice versa.
De leur sang réuni, ils tracèrent un pentacle autour de ma pierre tombale et ce que je pouvais lire en eux m'amusait follement.
Figurez-vous que l'une des jeunes filles n'était là que par amour pour l'un des garçons, celui-ci désirait à tout prix devenir chanteur de hard-rock, l'autre le plus d'argent possible et la dernière n'aspirait qu'à devenir actrice de cinéma. Basses ambitions humaines quoi, quant à l'enfant il n'avait rien demandé et l'esprit du vieil homme était bien trop agité pour que je ne m'y attarde un seul instant.
Ils se déshabillèrent et revêtirent des robes noires, puis, ils se disposèrent en cercle autour du pentacle et se mirent à incanter.
Discrètement, le sorcier lançait de temps à autre une poudre sur la bougie du centre, ce qui provoquait de violentes étincelles et de petits cris chez ses « fidèles ».
Je retenais avec peine mon rire.
L'enfant était derrière l'homme et je m'apprêtais à jouer les démons et à recueillir l'offrande lorsque je lu en le vieillard son intention de le tuer.
Je ne pourrais boire le sang d'un mort et le nourrisson serait perdu pour moi, aussi au moment même où il levait un épais couteau pour l'enfoncer dans le petit coeur innocent je repoussais violemment la dalle et dans ma cape noire et ma robe de velours pourpre je jaillis tel un diable de sa boîte.
Les cris fusèrent, imaginez-vous, Amis, leur panique, leur terreur.
Mon rire, longtemps contenu, s'échappa enfin de ma gorge tel un roulement de tonnerre.
Je me débarrassais rapidement des adolescents, qui m'imploraient de les couvrir de richesses, et me tournait vers le rebouteux.
Levant le couteau dans une main et l'enfant dans l'autre, il me supplia de l'épargner, se traîna à mes pieds et voulut sacrifier le nourrisson en mon honneur, mais avant qu'il n'ait pu accomplir son geste, je le lui avais déjà enlevé et l'avait assommé.
Déposant l'enfant au sol, ce fut parmi ses pleurs que j'étanchais ma soif au cou du vieil homme, son sang voluptueux et épais avait un arrière goût de viande boucanée, c'est qu'il ne devait pas se laver souvent le bougre, mais au fond ce n'était pas du tout désagréable.
Je terminais bien sûr mon repas par un dessert conséquent, le sang chaud et sucré du poupon d'une douceur exceptionnelle au palais et j'avoue m'être régalé.
Bien entendu, je déplaçais mon cercueil en un autre lieu, plus tranquille, que j'avais repéré quelques mois auparavant, un couvent de bonnes soeurs, que voulez-vous, j'ai toujours été attirée par les lieux sacrés.

par Aliana publié dans : poèmes
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