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Mercredi 17 janvier 2007

Si vous n'avez pas lu l'éveil, je vous conseille de le parcourir avant cette nouvelle car vous prendriez l'histoire en cours et vous auriez manqué ma naissance et ma présentation...

Salutations A  Vous Oh Frères Et Sœurs Des Ténèbres !

 

 

 

 

 

Et oui, me revoici !

 

 

Vous me voyez ce soir en triste état d’esprit, car d’une parole malheureuse, un de nos frères a éveillé en moi des souvenirs que je croyais bien enfoui.

 

 

Nous venions de nous restaurer et tout en bavardant,  nos pas nous guidèrent vers le centre de Paris et plus précisément vers la Cathédrale Notre Dame.

 

 

Admirant sous la pleine Lune les bas-reliefs et les gargouilles qui ornent l’édifice, il évoqua les catacombes et la triste et cruelle époque de l’Inquisition.

 

 

Bien que cela me coûte, je vais vous conter ce cruel souvenir, car je tiens une fois de plus à rendre hommage à ma compagne d’enfance.

 

 

 

 

 

            A  Mathilde

 

 

 

 

 

Un feu dans la nuit.

 

 

 

 

 

C’était à l’aube de mon éveil. Alors que je n’étais à peine “ née ” que depuis trois ans.

 

 

Chaque nouvelle nuit était encore pour moi une féerie de sensations étranges, de plaisirs et de découvertes de chaque instant.

 

 

Je pouvais même rester des heures à fixer une étoile, cherchant à percer son mystère, cherchant à lever le voile sur son passé sans savoir que l’ignorance est la plus douce des compagnes.

 

 

Les hommes en ces temps là étaient brutaux et sanguinaires mais moins qu’en notre époque, car leurs armes, même si elles tuaient, n’ôtaient pas la vie de milliers de personnes sur un simple claquement de doigts.

 

 

Cette nuit là, une petite bise glaciale tentait de rappeler que nous étions encore au mois de mars et que l’hiver qui nous quittait ne nous en amenait pas pour autant l’été.

 

 

Dès mon réveil, je sentis l’odeur du sang et de la peur, de la sueur et de la haine et les yeux fermés j’humais l’air, le visage légèrement levé vers la lune.

 

 

Attirée par Dame Curiosité, je me précipitais vers l’endroit d’où emmenaient ces effluves.

 

 

A l’époque je résidais en plein cœur de Paris, dans les catacombes.

 

 

J’avais depuis peu découvert un passage qui menait à une salle immense, qui servait à des réunions entre prêtres, sous les fondations même de la Cathédrale Notre Dame et mes pas me guidèrent, à ma grande surprise, vers elle.

 

 

Le rocher qui dissimulait le passage, pivotait et donnait sur une petite corniche à mi-hauteur de la salle qui me permettait d’observer et d’écouter ces moinillons à ma guise, à leur insu, car la roche me dissimulait en partie.

 

 

Ce soir là, en y accédant, je fus étonnée des changements qui depuis ma dernière visite s’y étaient produit, par exemple, elle avait été aménagée de telle façon qu’y séjourner devenait désormais fort déplaisant.

 

 

De l’encens saturait l’air, brûlé sur de grands braseros, ils produisaient une fumée épaisse qui me fit douter un instant de mes yeux.

 

 

Des instruments de torture étaient disposés ça et là. Cela allait de la Vierge de Fer à la table d’écartèlement en passant par la panoplie du parfait petit bourreau, fouets, pinces, fers, accrochés aux murs.

 

 

Sur la table d’écartèlement, justement, était couchée une malheureuse dont l’état pitoyable me faisait mal au cœur. Il est vrai que je n’aime pas que la nourriture soit gâchée.

 

 

Quelque chose en elle, attira mon attention. Revêtue d’une simple robe blanche, déchirée et maculée de sang, elle avait les poignets et les chevilles entravés. Ses cheveux en désordre recouvraient partiellement son visage et ajoutés à la fumée ne me permettaient pas de distinguer nettement ses traits. Un prêtre approcha d’elle un tison de fer porté au rouge, et lorsqu’il l’appliqua sur sa cuisse, son hurlement éveilla en moi un frisson.

 

 

C’était Mathilde. Ma compagne d’enfance. Celle qui avait partagé tous mes secrets de mortelle. La seule personne que j’avais regrettée en franchissant le pas. Et elle était là, à la merci de ces bourreaux qui la traitaient de sorcière et lui ordonnait de reconnaître son union avec le Diable.

 

 

Elle, Mathilde, cette jeune fille si pieuse, qui avait toujours vécu dans la crainte de déplaire au Tout Puissant, qui avait tant de fois modéré les pulsions qui me poussaient déjà quand j’étais humaine à m’écarter du chemin de Dieu.

 

 

Son seul tort était sa beauté exceptionnelle, sa fraîcheur et sa gentillesse qui malgré qu’elle ne fit jamais rien pour se mettre en valeur attiraient le regard de tous les hommes et les foudres de la jalousie de la part des vieilles carnes défraîchies, ces satanées grenouilles de bénitier, insatisfaites et hypocrites.

 

 

Et voilà qu’elle était maintenant accusée de sorcellerie.

 

 

Un hurlement inhumain sorti de ma gorge, incontrôlable, et les prêtres levèrent les yeux vers la voûte de la salle.

 

 

L’un d’entre eux brandit une croix et entama un rituel d’exorcisme.

 

 

Un autre, celui qui tenait le tison rougeoyant, se tourna vers Mathilde et déversa sur elle une bordée d’injures en appliquant de nouveau le fer sur la chair tendre, arrachant un nouveau hurlement à la malheureuse.

 

 

Me plaquant les mains sur les oreilles, je me détournais de cette vision atroce et le dos au mur, je me laissais glisser au sol.

 

 

Il fallait que je reprenne mon calme, que je me maîtrise afin de pouvoir la sauver.

 

 

Rejoignant mon repaire, je me revêtit d’une robe blanche que j’avais récupérée sur une de mes victimes et d’un voile bleu qui dissimula mes cheveux.

 

 

Saisissant un rosaire, de provenance identique, je retournais à la salle et faisant pivoter la pierre, je m’avançais sur la corniche et criais.

 

 

- Que la paix du Seigneur soit avec vous !

 

 

Les regards convergèrent vers moi, et dans ma pâleur naturelle, je dus passer pour le fantôme de la Vierge Marie, car plusieurs d’entre eux se jetèrent à genoux en clamant son nom. Mon but était atteint. Cependant, celui qui tenait le fer n’était pas convaincu et il cria.

 

 

- Rien ne prouve que ce ne soit une apparition du malin pour sauver son disciple.

 

 

Prenant ma voix la plus douce, je répliquais.

 

 

- Homme de peu de foi. Le Malin était là, il y a quelques instants, mais je l’ai chassé.

 

 

- C’est donc une sorcière ! Triompha le prêtre en désignant Mathilde. Fermant les yeux, je secouais lentement la tête, et d’une voix chargée de pitié je murmurais juste assez fort pour qu’ils m’entendent.

 

 

- Non, il se moquait de vous, car vous torturez une innocente.

 

 

- Les preuves sont accablantes !

 

 

- Quelles preuves ? Je rouvrais brusquement les yeux. Des commérages !  En vérité, je vous le dis, faites de son corps ce que vous voudrez, car son âme, sera placée à la droite du Père et de mon fils dans les cieux.

 

 

Des murmures s’élevèrent parmi les prêtres et celui qui s’opposait à moi, tomba également à genoux, en implorant mon pardon.

 

 

Je le lui accordais et alors que tête baissée, ils priaient et me rendaient grâce, je repartis comme j’étais venue.

 

 

A la fin de la nuit, alors que je rentrais de ma chasse, j’eus la surprise de découvrir que mon antre avait été fouillé, j’avais encore sur moi, la robe blanche, le voile bleu avait été jeté dans un coin.

 

 

Le saisissant, je retournais à la salle, le passage était grand ouvert, et une échelle avait été placée contre la corniche.

 

 

Nul doute que le prêtre ne s’en était pas laissé compté et ma trop grande confiance en moi allait peut-être coûter la vie à Mathilde.

 

 

La salle était vide et seul demeurait un jeune homme, apparemment simple d’esprit occupé à nettoyer le sol et qui en me voyant se jeta à mes pieds, en implorant ma bénédiction.

 

 

Je la lui donnais et demandais où était la jeune fille.

 

 

Il m’apprit qu’un bûcher avait été dressé aux abords de la ville et qu’elle allait y être brûlée pour sorcellerie.

 

 

Je partis si vite qu’il raconta après à tous que j’avais disparut sous ses yeux.

 

 

Connaissant des raccourcis au travers des catacombes et de la ville elle-même, je sortis rapidement des murs de la Capitale et me trouvais bientôt à une lieue à peu près des limites de Paris quand je vis au loin, dans la plaine, s’élever une lueur qui semblait grandir.

 

 

Courant aussi vite que je pus, je gagnais les lieux, et écartant les badauds, j’atteignis les premiers rangs.

 

 

Mathilde avait cessé de crier.

 

 

Malgré l’odeur insupportable de chair brûlée, je ne pouvais m’arracher à cette vision atroce et ce sont les murmures des gens qui me ramenèrent à la réalité.

 

 

- La Sainte Vierge !

 

 

- Regardez !

 

 

- La Vierge Marie !

 

 

- Elle pleure des larmes de sang !

 

 

- Oh seigneur ! Ayez pitié de nous !

 

 

Je ne pouvais plus rien pour la malheureuse et me détournant, je repartis digne et fière.

 

 

Tous s’écartèrent de mon passage et personne ne tenta de m’arrêter.

 

 

Mathilde est devenue une sainte grâce aux larmes sanglantes que la Vierge Marie a versée pour elle, mais que m’importe.

 

 

Cette nuit là, j’avais perdu mon refuge, mon passé et plus que tout, une partie de moi avait péri dans les flammes à ses côtés. Les derniers restes de mon humanité, car la rage et la haine des humains qui m’habite désormais ont pris naissance dans le cœur implacable de ces hommes qui pour affirmer leur foi en un soi disant Dieu de bonté n’ont pas hésité à sacrifier une innocente sans autre forme de procès.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

par Aliana publié dans : jeux de rôles
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